Le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía présente une grande exposition rassemblant un grand nombre d'oeuvres sélectionnées parmi les collections du musée national Picasso Paris.
Cet événement culturel exceptionnel, difficilement renouvelable à l'avenir en raison de la qualité et la quantité extraordinaires des oeuvres prêtées au musée madrilène, est l'aboutissement de plusieurs années de travail de ces deux institutions.
Cette rétrospective, l'une des plus exhaustives et ambitieuses jamais organisées sur Picasso, réunit un peu plus de 400 oeuvres faisant partie de cette collection remarquable provenant de la collection personnelle de l'artiste dont celui-ci n'a jamais voulu se séparer, et appelées pour cette raison les «Picassos de Picasso». Des peintures, des sculptures, des céramiques, des dessins, des gravures, des carnets de croquis ainsi qu'une sélection de 20 photos documentaires des archives du peintre seront ainsi exposés hors du musée parisien.
Compte tenu du nombre d'oeuvres considérable, le Museo Reina Sofía consacrera à cet événement trois grandes salles réservées aux expositions temporaires, ainsi que la totalité de l'aile de la collection permanente dans laquelle se trouve Guernica. Au sein de cet espace, un dialogue sera établi entre les oeuvres provenant du musée national Picasso et celles du Museo Reina Sofía.
Dans la nouvelle aile du musée, la salle Picasso 2 est consacrée à la période 1924-1935 et abrite un groupe d'oeuvres d'une grande importance, qui permet de retracer l'évolution de la période surréaliste dans la production de l'artiste, aspect particulièrement intéressant dans la collection du musée national Picasso. Parmi les oeuvres que l'on peut contempler, citons Le baiser, Le peintre et son modèle (1925), la petite Crucifixion, L'Acrobate (1930) ou Figures au bord de la mer (1931), les oeuvres dédiées à Marie-Thérèse Walter et les «têtes» et «bustes de femme» sculptées à Boisgeloup (1929-1931), ainsi que les sculptures en fil de fer intitulées projet pour un monument à Apollinaire,qui trouvent leur point d'orgue dans la sculpture linéaire de La femme au jardin (1929). L'exemplaire en bronze exposé appartient à la collection du Musée Reina Sofía. Le musée parisien conserve la même oeuvre en fer. La section intitulée Picasso 3, rassemblant des oeuvres réalisées entre 1933 et 1951, se trouve dans une aile réservée à la collection permanente du musée, plus précisément celle où est accroché Guernica. C'est ici que sont exposées les oeuvres de l'artiste liées à son engagement dans le conflit qui ravage l'Espagne à la fin des années 1930: les portraits de Dora Maar, La femme qui pleure et La Suppliante, qui appartiennent à la constellation Guernica (1937), ou le Chat saisissant un oiseau (1939). Dans cet espace, le tableau Guernica sera confronté à d'autres oeuvres qui lui sont intimement liées. Par ailleurs, cette période sur la guerre est complétée par les grandes sculptures allégoriques Tête de taureau (1942) ou L'homme au mouton (1943), qui dénoncent les massacres perpétrés lors de la seconde Guerre mondiale.
Cette exposition se termine par la salle intitulée Picasso 4, où figurent les oeuvres réalisées par Picasso lors de sa dernière période, entre 1947 et 1972: en premier lieu, la série de peintures des années 1950 qui, d'après la commissaire, Anne Baldassari, constitue «une version pleinement picassienne de la pop culture». De plus, cette salle contient certaines pièces du bestiaire conçu en 1950-1951 à partir de déchets et d'objets domestiques en plâtre, telles que La chèvre (1950). Son activité de céramiste y est également représentée par près d'une dizaine de pièces uniques réalisées entre 1947 et 1957. L'atelier de «La Californie», peint en hommage à de Matisse en 1956, et la série des Déjeuners sur l'herbe d'après Manet, offrent un témoignage de l'ampleur du travail de relecture de l'histoire entrepris par Picasso à cette époque. Les figures des Mousquetaires et des Toreros, les Grands Nus et les Etreintes, dans lesquels Picasso reprend les thèmes de Rembrandt, de Titien ou de Velázquez pour porter à l'extrême sa vigueur picturale, clôturent l'exposition.
Femmes à la fontaine, 1921 (sanguine sur toile)