53 000 visiteurs pour revivre la céramique de Picasso

Lorsqu'en 1946 Picasso rejoint les rives de la Méditerranée, il a soixante-cinq ans. Dès 1947, Suzanne et Georges Ramié mettent leur atelier à sa disposition, dans leur belle fabrique Madoura à Vallauris, afin qu'il puisse travailler l'argile auprès d'eux. S'ensuivront des années de travail en commun. Picasso revisitera sans complexes et avec une acuité toute particulière la civilisation antique méditerranéenne. Puis, d'une main sûre et volontaire, il détournera de façon fantaisiste et audacieuse la céramique traditionnelle, encore utilisée au quotidien à cette époque. Il façonnera à sa manière les formes habituelles des objets d'usage pour leur offrir de nouvelles destinations, en essayant de réaliser quelque chose qui n'avait jamais été fait auparavant. Sa démarche s'apparentait plutôt à de l'expérimentation, puisqu'il avait la chance d'avoir la fabrique à sa disposition. La finition et la cuisson des pièces se faisaient dans l'atelier des Ramié. Picasso aimait la présence et le tour de main des artisans, dont il se sentait proche. C'est ce travail à la fois précis et d'une joyeuse fantaisie qui a été présenté au public, dans une mise en scène colorée donnant une nouvelle image de la magnifique chapelle des Pénitents Noirs qui l'a accueilli. Le public est venu nombreux, puisque près de 53 000 visiteurs se sont pressés pour admirer ce travail moins connu de l'artiste. Groupes scolaires, touristes de multiples nationalités, habitants d'Aubagne ou de ses alentours, les 170 jours d'exposition ont été pour la ville une opportunité exceptionnelle. Centre de céramique qui a connu son apogée entre le XIXe et le XXe siècle, référence incontournable pour la production de la céramique et du santon, Aubagne compte encore aujourd'hui près de 250 artisans ouvriers et une école de formation qui perpétuent cette tradition. Les quelque 150 oeuvres en céramique de Picasso, réunies dans le cadre de la Capitale européenne de la Culture provenaient des musées du Louvre, d'Antibes, de Saint-Étienne, de Roubaix, Barcelone, Caldès de Montbui, du Fonds national d'art contemporain et de collections privées. Elles ont donné d'Aubagne l'image d'une ville en mesure d'accueillir un projet d'envergure internationale. Le commissariat de l'exposition, a été mené par Joséphine Matamoros et Bruno Gaudichon et la scénographie par Cédric Guerlus.

La Capitale européenne de la culture est un label unique et une perspective, une année durant, d'événements, de créations et d'hommages aux personnalités marquantes du monde de la culture. Il permet de mettre en avant la richesse culturelle et intellectuelle des territoires. C'est aussi l'opportunité de rappeler les cheminements qui ont ponctué la création d'une identité européenne.
Marseille-Provence 2013 a présenté de grandes expositions tout au long de l'année, afin de questionner le passé et le présent et le rôle du «midi» dans le siècle de l'art.
L'hommage rendu à Picasso à Aubagne a été l'un des événements majeurs de sa programmation. Exceptionnelle grâce au regroupement de pièces uniques, dont certaines n'avaient encore jamais été montrées, l'exposition est de nouveau présentée du 20 novembre 2013 au 19 mai 2014 à la Cité de la Céramique de Sèvres.

Nature morte aux poissons et à la rondelle de citron, 1953 - (collection particulière)
Assiette Louis XV verte à bord festonné. Décor modelé, gravé, appliqué et peint aux oxydes bleu, jaune, blanc sur engobe vert, le tout sous alquifoux.