Sous le soleil de Françoise, Picasso et les toros

L'exposition Picasso sous le soleil de Françoise, Nîmes et les toros est le premier volet d'un diptyque dont le second, Pablo Picasso et Françoise Gilot peintre et muse se tient au musée du Vieux Nîmes.
Au musée des Cultures taurines, la commissaire de l'exposition, Annie Maïllis, s'est attaché à montrer l'impact émotionnel provoqué par les corridas chez l'artiste, mais aussi l'intime connaissance de celui-ci des règles et des coutumes taurines.
Picasso redécouvre la corrida après la guerre, en 1947. Elle évoque pour lui ses racines espagnoles, son enfance, ses premiers émois. Il en connaît parfaitement tous les rites: l'entrée dans l'arène des alguacils, chevauchant leur monture vers la présidence pour réceptionner la clé du toril, puis le paséo, défilé des matadors et de leurs banderilleros, en rang selon leur ancienneté. Derrière eux pénètrent les picadors. Lorsque cette présentation en habit de lumières se termine, le toril est ouvert, laissant passer le premier des six toros qui combattront.

Dans l'ensemble des oeuvres de Picasso présentées dans l'exposition, ce sont ces différentes étapes de la corrida qui sont montrées, comme les fondements d'une culture ancestrale. D'une main sûre, l'artiste présente la corrida comme un spectacle d'une grande richesse esthétique sans pour autant omettre sa dimension tragique, cette danse avec la mort du matador et de l'animal. Chaque oeuvre montre le lien intime qui existe entre eux, cette connivence qui se noue au fil du combat, ce respect mêlé d'appréhension, cette lutte à l'issue fatale qui les unit. L'oeuvre tauromachique de Picasso est une sorte de commentaire des corridas auxquelles il a assisté. Picasso aimait l'ambiance de Nîmes, où il se rendait à l'invitation d'André Castel et où il retrouvait ses amis aficionado Zette et Michel Leiris. L'exposition ouvre sur des correspondances entre Leiris et Castel et quelques photographies nous montrant l'artiste dans l'ambiance des arènes. Picasso y semble heureux et concentré. Il partage alors sa vie avec Françoise Gilot et lui fait découvrir l'effroi des premiers combats. Annie Maïllis a sélectionné principalement deux actes du spectacle: la pique et la bandrille. Les oeuvres sont étonnantes de précisions et de dimension tragique: on distingue des regards, des gestes, des esquisses de mouvements, un sursaut instinctif du toro, la grâce du matador, qui évolue tel un danseur, mais avec une détermination sans faille pour dominer l'animal.
Dans l'immédiat après-guerre, Picasso fréquente les ateliers des potiers et céramistes de la région de Vallauris et finit par acheter «Le Fournas», un lieu composé d'anciens dépôts de parfum, pour y poursuivre son oeuvre. Il s'investira dans ces lieux d'une façon positive et féconde jusqu'en 1954. Il profite de ces années de bonheur avec Françoise pour poursuivre également un travail de gravure dont il maîtrise parfaitement la technique. On peut voir des productions sur ces deux supports dans l'exposition.

Le parcours mène ensuite le visiteur au musée du Vieux Nîmes, près de la cathédrale, pour y découvrir plus précisément le travail de Françoise Gilot, compagne de Picasso dix années durant, jusqu'en 1953, qui, souveraine et farouchement indépendante, choisira de le quitter pour poursuivre sa vie de femme et d'artiste. Un long documentaire lui est consacré: on y découvre une femme d'exception magnifique, plein d'enthousiasme, de dynamisme et de joie de vivre qui, avec des mots simples, explique son processus créatif, son histoire personnelle, ses recherches, sa relation avec Picasso. Un pur moment de bonheur.

Exposition du 24 mai au 7 octobre 2012. Musée des Cultures taurines, 6, rue Alexandre Ducros, 30 000 Nîmes Picasso et Françoise Gilot peintre et muse. Exposition du 24 mai au 7 octobre 2012. Musée du Vieux Nimes.

Figure au corsage rayé, 3 avril 1949 (lithographie en 6 couleurs)